Cellulite mon amour

Durée : 3 min

Elle dessine de jolies vagues sur nos fesses, nos cuisses, nos ventres… La cellulite anime la surface de nos corps !

Pourtant, elle n’est pas présentée comme une amie, mais plutôt comme quelque chose à faire disparaître. Lorsqu’elle est apparue sur mes cuisses, je la considérais comme un dysfonctionnement, une anomalie corporelle. Même si elle ne m’a pas empêché de porter des jupes et des shorts, je savais qu’elle était là, et que par conséquent, je n’étais pas jolie. 

Jusqu’au jour (pas si lointain) où mon esthéticienne me révèle que la cellulite était naturelle et ineffaçable car liée au corps féminin.

(Mini-explosion atomique interne)

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre dans un lieu que je considérais comme le temple de la superficialité que la cellulite était… normale ! Je ne le savais pas. J’étais à la fois soulagée, ravie, mais aussi dégoûtée de constater à quel point nos corps sont aliénés d’idées fausses et de faux combats pour détourner notre attention des vrais problèmes. 

Suite à cette révélation (quasi-divine), je me suis penchée sur la véritable nature cellulite et sur son instrumentalisation.

La cellulite c’est quoi? 

Le corps a besoin de stocker des graisses. Rien de nouveau à l’horizon. La répartition des graisses diffèrent selon le métabolisme hormonal : elle est soit androïde (masculine), les graisses sont stockées en profondeur au niveau de l’abdomen et donc peu visible ; soit gynoïde (féminine), les graisses sont réparties équitablement sur le corps et sous-cutanées, c’est-à-dire sous la peau, et donc plus visibles. C’est la cellulite

Cette dernière varie en fonction du cycle hormonal. Les oestrogènes augmentent ou réduisent le stockage des graisses, notamment pour préparer le corps à une éventuelle grossesse. La cellulite est donc une réserve d’énergie peu utilisée, ce qui explique son ancrage sur nos cuisses, ventre, fesses, etc. 

En conclusion, la cellulite est 100% naturelle et tout le monde en a quel que soit son tour de cuisse ! 

La cellulite, une invention du XXe siècle

Malgré son caractère naturel, la cellulite reste présentée comme un problème et cela depuis les années 20, période à laquelle la médecine invente la cellulite et la presse féminine l’instrumentalise1.

En 1924, le Dr Alquier étudie la graisse sous-cutanée, la nomme et la définit comme une maladie, spécifique au sexe féminin, signe de mauvaise vie. Cette nouvelle maladie nommée « cellulite » est reprise et diffusée par les magazines féminins, avec une première apparition dans Votre beauté en 1933, puis dans Marie-Claire. Ce mouvement coïncide avec le dévoilement du corps féminin, les jupes se raccourcissent et moulent les hanches tandis que le nouveau maillot de bain révèlent les cuisses. Il fallait contrôler cela. Ainsi, la presse féminine s’accapare ce nouveau mal pour stigmatiser les femmes et réfréner leur désir d’indépendance. C’est le début d’une longue histoire…

La cellulite, un outil de marketing

Au XXIe siècle, rien n’a changé. Enfin… si : la médecine a officialisé le fait que la cellulite est une maladie imaginaire. Pourtant, elle reste la marotte de la presse féminine et revient régulièrement en couverture. Pourquoi? Car la cellulite fait vendre ! Régimes, crèmes, soins, cures, autant de remèdes existent pour vaincre ce mal. Aux grands maux les grands remèdes !

Un exemple : pour préparer cet article, j’ai inscris « cellulite » dans un moteur de recherche et voici les 3 premier résultats : Cellulite : causes & traitements, Cellulite – La Bible Anti-Cellulite, Cellulite : comment enlever la cellulite? 2.

Difficile de passer à côté de cette volonté d’éradication ! Sauf que… la médecine a prouvé l’impossibilité de retirer durablement cette jolie « peau d’orange ». La société de l’apparence nous pousse à nous préoccuper de quelque chose qui ne s’en ira jamais. C’est fort quand même ! 

La lutte contre cellulite ou l’effacement du corps féminin

Retirer la cellulite, c’est retirer un élément inhérent au corps féminin. Cette volonté d’effacement rejoint celle du corps mince, canon de beauté défini par la société patriarcale. Selon Mona Chollet, dans son ouvrage Beauté fatale, cette quête de la minceur consiste à retirer tous les éléments constitutifs du corps féminin (hanche, fesses, cuisses, etc.) pour tendre vers l’apparence d’un corps masculin et s’affranchir d’un corps synonyme de maternité et de sédentarité domestique.

En réalité, le corps mince et lisse n’est pas un objet d’émancipation mais de culpabilisation. En effet, face à ce matraquage du « corps parfait »3, les femmes perdent confiance en elles. Or, sans estime de notre propre corps, comment pourrions-nous avoir confiance en nous dans d’autres domaines comme celui du travail? 

Aimer sa cellulite, aimer son corps

Il est nécessaire de comprendre et connaître nos corps pour vivre en harmonie avec eux et se concentrer sur les combats sociétaux et non physiques.

Pour ma part, en tant que femme cisgenre, découvrir que la cellulite était naturelle a été un vrai choc, mais surtout une nouvelle étape vers l’acceptation de mon corps. Désormais, je considère la cellulite comme un symbole de féminité, une preuve que notre corps nous appartient.

Qui sait, parmi vous, certain.e.s feront la même découverte à la lecture de cet article. Si tel est le cas, je vous souhaite de regarder différemment votre corps et celui des autres pour en faire une véritable force. 

1 Rossella Ghigi, « Le corps féminin entre science et culpabilisation, autour d’une histoire de la cellulite », Travail, Genre et Société, 2004 : passionnant article, qui démontre le lien entre la médecine et la presse féminine dans la stigmatisation du corps féminin, à travers l’exemple de la cellulite 

2 Vous pouvez vous amuser à ce petit jeu. C’est édifiant la complexité pour trouver une définition scientifique de la cellulite sur internet.

3 Que ce soit par les magazines féminins, les publicités, les films, les séries, la mode, etc.

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